Non lieu
Notre avocat avait réclamé un sursis à statuer aux juges du Tribunal Administratif avant que ces derniers ne rendissent leur verdict. La conclusion au pénal en effet n'était pas encore connue. Ils refusèrent, arguant que les décisions n'étaient nullement liées.
Six mois plus tard le non lieu* était prononcé, précisant que nulle responsabilité ne pouvait être retenue contre quiconque.
Après notre entrevue avec elle, la juge Sabine Khéris en charge du dossier délivra les commissions rogatoires pour de nouvelles auditions. Celles-ci furent conduites par les gendarmes de l'air auprès de différents militaires ayant participé au voyage dans le Sinaï.
Les résultats furent contrastés, c'est le moins que l'on puisse dire ; si certains officiers reconnurent honnêtement que le lieu de l'impact avec le camion ne correspondait pas, loin de là, à la description faite dans les divers rapports d'expertise, d'autres nièrent carrément avoir prononcé une quelconque appréciation des circonstances de l'accident tandis que certains ou certaines se réfugièrent dans l'oubli, les souvenirs faisant défaut, à croire que ce déplacement, s'il avait eu lieu, ne fut qu'une pérégrination touristique, une visite en bus du désert égyptien.
J'ai pu lire à ce sujet quelques auditions qui ne manquent pas de sel.
Mais il est surprenant qu'à ce propos aucune famille de victime ne fut auditionnée par les gendarmes, la juge n'ayant pas cru bon connaître leur point de vue.
Quoi qu'il en soit, la juge dut s'étonner d'aussi disparates réponses et soupçonner que cette escapade en bus, sur les lieux mêmes de l'accrochage avec le camion, révéla les distorsions existantes entre la réalité des faits et les descriptions des experts.
Devant tant d'incohérence et surtout d'incertitude, elle prononça un non lieu.
Il était en effet inacceptable d'accuser qui que ce soit d'être à l'origine du crash, tout n'étant que supposition puisque nul enregistreur de vol n'avait été installé dans l'appareil.
Je ne reviendrai pas sur les démonstrations des experts, j'ai suffisamment démontré leur parti pris et leurs mensonges pour m'y attarder à nouveau. Ce serait perte de temps.
Et j'abandonne face à leur conscience, s'ils en ont une, ceux et celles qui n'osèrent se libérer du carcan de la crainte.
Je ne veux retenir désormais que cette * Ordonnance de non lieu .
7 avril 2016
Honoré Daumier - Les gens de justice - lithographie 1845